
À quelques heures de la séance plénière prévue ce mardi 26 mai à l’Assemblée nationale sénégalaise, le journaliste et éditorialiste Madiambal Diagne a semé le trouble sur le réseau social X avec une déclaration aux accents de mise en garde solennelle : « Sonko prépare un coup d’État. »
La thèse de Madiambal
Dans un tweet très court, mais d’une densité politique explosive, le fondateur du groupe Avenir Communication et directeur de publication du Quotidien décrit un enchaînement institutionnel en trois actes. Premier acte : Ousmane Sonko, fraîchement limogé de son poste de Premier ministre par le décret présidentiel n°2026-1128 du 22 mai, est élu président de l’Assemblée nationale. Deuxième acte : fort de cette nouvelle position et de la majorité PASTEF à l’hémicycle, il fait voter la mise en accusation du président Bassirou Diomaye Faye pour « haute trahison ». Troisième acte : il s’auto-proclame président de la République par intérim.
Un contexte de rupture inédite
Le scénario imaginé par Madiambal ne surgit pas du néant. La crise est réelle. En moins d’une semaine, le Sénégal a vécu un tremblement de terre institutionnel. Après deux ans d’une cohabitation de plus en plus tendue entre le chef de l’État et son Premier ministre, Diomaye Faye a tranché : Sonko a été congédié et le gouvernement dissous. En réponse, El Malick Ndiaye, président de l’Assemblée et proche de Sonko, a démissionné dès le lendemain, ouvrant la voie à la candidature de l’ancien Premier ministre pour le perchoir.
Juridiquement acrobatique
Si la charge émotionnelle du tweet est évidente, sa solidité juridique est plus discutable. La procédure de mise en accusation d’un président sénégalais pour haute trahison est une des plus exigeantes du droit constitutionnel : elle requiert une majorité qualifiée et l’intervention de la Haute Cour de Justice. Surtout, elle supposerait que les 130 députés PASTEF, élus sur un programme commun Diomaye-Sonko, acceptent de renverser le président qu’ils ont eux-mêmes contribué à faire élire dès le premier tour en mars 2024 avec plus de 54 % des voix.
Madiambal, une voix engagée
Il convient de contextualiser la source. Madiambal Diagne, depuis son exil forcé en France consécutif à des ennuis judiciaires sous le régime actuel, s’est imposé comme l’un des critiques les plus constants d’Ousmane Sonko. Ses prises de position répétées — accusant Sonko de « saboter le mandat de Diomaye », dénonçant sa mainmise sur les institutions, anticipant une rupture — forment un récit cohérent mais partial. Son tweet d’aujourd’hui s’inscrit dans cette continuité : il cherche à alerter, mais aussi à influencer.
Ce que dit ce tweet sur la crise sénégalaise
Au-delà de sa véracité ou non, la publication de Madiambal révèle l’état de fièvre qui saisit la scène politique sénégalaise. La question n’est plus de savoir si Diomaye et Sonko ont rompu — c’est acté —, mais quelle forme prendra leur affrontement à partir de ce mardi. La présidence de l’Assemblée nationale devient le nouveau terrain de bataille. Et dans une démocratie où la majorité parlementaire appartient au camp de l’homme limogé, toutes les hypothèses, même les plus extrêmes, semblent désormais devoir être énoncées à voix haute.