
Le président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin ce vendredi soir aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, entraînant dans sa chute l’ensemble du gouvernement. Une décision historique qui consacre la rupture entre deux hommes qui, il y a à peine deux ans, incarnaient ensemble l’espoir d’une alternance inédite.
Le coup de tonnerre du 22 mai
La nouvelle est tombée en soirée, prenant de court une grande partie de la classe politique. Selon plusieurs médias sénégalais, dont Xalima News et Senenews, le chef de l’État a officiellement mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko, nommé Premier ministre le 3 avril 2024 au lendemain de la victoire de Diomaye Faye à la présidentielle. L’ensemble des membres du gouvernement sont également concernés par cette mesure.
La décision intervient dans un contexte de tensions ouvertes et répétées entre les deux têtes de l’exécutif, dont les divergences n’avaient cessé de s’afficher au grand jour ces dernières semaines.
Une rupture annoncée
Le limogeage d’Ousmane Sonko ne surprend guère les observateurs de la vie politique sénégalaise. Depuis plusieurs semaines, les signes d’une fracture profonde entre le président et son Premier ministre se multipliaient.
Le 2 mai 2026, lors de sa première grande interview télévisée, Bassirou Diomaye Faye avait publiquement recadré son Premier ministre, affirmant avec clarté sa posture de chef de l’État et sa volonté de reprendre pleinement les rênes du pouvoir exécutif. Cette intervention avait été largement perçue comme un avertissement adressé à Ousmane Sonko et à ses partisans au sein du parti PASTEF.
Dans les jours suivants, une série de limogeages de personnalités proches de Sonko avaient accentué les tensions. Parmi eux, Ousseynou Ly, ancien porte-parole de la présidence et militant de la première heure au sein de PASTEF, avait été écarté de ses fonctions et remplacé par l’avocat Abdoulaye Tine, présenté comme un homme du camp présidentiel. Ly avait alors réaffirmé publiquement sa loyauté envers Sonko, signe que le camp du Premier ministre refusait de céder.
La goutte de trop : le désaccord public à l’Assemblée
Le point de non-retour a sans doute été atteint ce vendredi matin même. Lors d’une séance de questions d’actualité à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko s’est livré à une critique publique et directe de la position du président de la République sur la question des fonds politiques, également appelés caisses spéciales. Devant les députés, le chef du gouvernement n’a pas hésité à déclarer que le président « a fait une erreur », tout en espérant qu’il « revienne à la raison ». Un désaveu rare, presque sans précédent dans l’histoire constitutionnelle sénégalaise moderne.
Quelques heures plus tard, le décret de limogeage tombait.
Une alliance historique disloquée
La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko marque la fin d’une des alliances politiques les plus emblématiques de l’Afrique de l’Ouest contemporaine. Fondateur de PASTEF en 2014, Sonko avait fait de Faye son secrétaire général, puis son candidat de substitution à la présidentielle de 2024, lorsque lui-même avait été écarté de la course. Faye avait remporté le scrutin dès le premier tour avec plus de 54 % des suffrages, avant de nommer son mentor à la tête du gouvernement.
Deux ans après cette alternance historique, le tandem a volé en éclats. Ce qui s’annonçait comme un duo solidaire à la tête de l’État s’est progressivement mué en rivalité ouverte pour le contrôle du pouvoir.
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