
Selon le journaliste Madiambal Diagne, le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko se serait rendu le 5 juin 2026 au domicile du juge Cheikh Ndiaye, membre du Conseil constitutionnel, actuellement saisi de la validité de son mandat de député. Une révélation à une seule source, publiée sur X, qui soulève de graves questions sur l’indépendance de la haute juridiction.
Une alerte qui tombe en plein contentieux constitutionnel
C’est un tweet en quatre lignes, mais son contenu est d’une portée institutionnelle considérable. Ce mardi 9 juin 2026, Madiambal Diagne, directeur de publication du groupe Avenir Communication et l’une des plumes les plus scrutées de la presse sénégalaise, a publié sur son compte X (@MadiambalD) une révélation qui fait déjà l’effet d’une bombe dans les milieux politiques et juridiques dakarois.
Selon lui, Ousmane Sonko, fraîchement élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, se serait rendu à Toubab Dialaw le vendredi 5 juin dernier pour y rencontrer en privé le juge Cheikh Ndiaye, membre du Conseil constitutionnel. Le tête-à-tête aurait duré deux heures.
Pourquoi cette rencontre serait-elle problématique ?
Le timing est au cœur du problème. Le Conseil constitutionnel est actuellement saisi d’un recours déposé par des députés de l’opposition, qui contestent la légalité même du mandat parlementaire de Sonko et, par extension, la légitimité de son élection à la tête de l’Assemblée nationale. Si cette visite est avérée, elle constituerait une interférence directe d’une partie au litige avec un membre de la juridiction appelée à trancher.
En droit constitutionnel, une telle situation relèverait du soupçon de pression sur un juge, voire de tentative d’influence sur une décision de justice en cours — des actes d’une extrême gravité, susceptibles d’entacher irrémédiablement l’image d’impartialité du Conseil constitutionnel.

Le contexte : une crise institutionnelle majeure
Pour rappel, dix-neuf députés du groupe d’opposition Takku Wallu et des non-inscrits ont annoncé avoir déposé un recours devant le Conseil constitutionnel avec pour objectif de faire annuler la décision du bureau de l’Assemblée nationale du 24 mai 2026, qui a acté la réintégration d’Ousmane Sonko en tant que député.
Les parlementaires signataires soutiennent que Sonko se trouvait, dès son élection comme député en 2024, dans la situation d’incompatibilité prévue par l’article 54 de la Constitution, et qu’en choisissant de conserver ses fonctions gouvernementales, il avait renoncé à son mandat. Sa réintégration, suivie de son élection à la présidence de l’Assemblée nationale, constituerait selon eux une violation flagrante de la Constitution et du principe de la séparation des pouvoirs.
Qui est Madiambal Diagne ?
L’auteur de l’alerte n’est pas un inconnu du paysage médiatique sénégalais. Madiambal Diagne est le directeur de publication du groupe Avenir Communication (Le Quotidien, Yakaar FM) et ancien président de l’Union de la Presse Francophone. Figure parfois controversée de la presse nationale, il est connu pour ses révélations politiques à fort impact, mais aussi pour son positionnement critique à l’égard de Ousmane Sonko depuis des années. Ce biais éditorial suppose, de la part du lecteur, une lecture contextualisée de ses publications.
— Madiambal Diagne sur X, quelques jours avant cette nouvelle révélation
Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas
À ce stade, ce que l’on sait est strictement limité à l’affirmation de Madiambal Diagne : une visite, un lieu (Toubab Dialaw), une date (5 juin), une durée (2 heures), et un nom (juge Cheikh Ndiaye). Aucune source indépendante n’a, à l’heure où nous publions, ni corroboré ni infirmé ces faits. Le Conseil constitutionnel est une institution discrète, qui ne communique pas sur les allées et venues de ses membres. Le bureau de Sonko n’a pas réagi.
Ce que l’on ne sait pas : le contenu de cet entretien, sa nature réelle (privée, familiale, professionnelle ou politique), et si d’autres personnes y assistaient. Des questions cruciales que ni le tweet de Madiambal Diagne ni aucune autre source disponible ne permettent de trancher.
Un appel à la transparence institutionnelle
Vraie ou fausse, cette révélation arrive à un moment où la crédibilité du Conseil constitutionnel est plus que jamais en jeu. La haute juridiction est attendue sur une décision qui pourrait redessiner l’équilibre des pouvoirs au Sénégal. Toute suspicion d’interférence — même non prouvée — fragilise l’autorité morale de l’institution et son rôle de garant de la Constitution.