
À Tambacounda, loin des grands centres industriels et des universités d’ingénierie, un maçon a réussi là où peu auraient osé imaginer : concevoir et faire décoller un hélicoptère artisanal entièrement de ses propres mains. Mamadou Sow, autodidacte passionné d’aviation, incarne désormais l’un des symboles les plus frappants du génie local au Sénégal.
Qui est Mamadou Sow ?
Mamadou Sow est un maçon de 57 ans, marié et père de sept enfants, originaire de Tambacounda où il a grandi et appris son métier. Longtemps cantonné aux chantiers, il a cultivé en parallèle une fascination pour les avions et les hélicoptères, alimentée par des films, des documentaires et une curiosité insatiable.
Sans aucune formation académique en aéronautique ni en électromécanique, il s’est formé lui‑même à la mécanique, à la soudure et à la conception structurelle dans un petit atelier modeste de son quartier.
Un hélicoptère construit de A à Z
Après près de quatre années de travail acharné, Mamadou Sow a donné naissance à un hélicoptère monoplace, composé en grande partie de matériaux de récupération et de pièces mécaniques assemblées dans son quartier périphérique de Gourel Hamath. L’appareil est équipé d’un moteur relativement modeste, de deux réservoirs totalisant 70 litres de carburant et d’une structure capable de s’élever jusqu’à environ 40 mètres d’altitude.
Selon les sources, son hélicoptère artisanal peut voler pendant environ deux heures, avec une autonomie estimée à plus de 200 kilomètres et une vitesse pouvant atteindre 200 km/h. Un exploit technique d’autant plus remarquable que tout repose sur un investissement personnel dépassant les 2 millions de FCFA, financé sans soutien institutionnel initial.
À Tambacounda, Mamadou Sow n’est plus perçu comme un simple maçon, mais comme une figure de créativité et de résilience. Son atelier, modeste, est devenu un lieu de curiosité où des visiteurs viennent mesurer de visu l’étendue de cette prouesse technique réalisée loin des circuits classiques de l’ingénierie. Les autorités locales et certains acteurs de l’État ont salué son projet comme un “génie local”, en soulignant la nécessité de mieux accompagner les talents issus de milieux modestes. Des initiatives sont évoquées pour faciliter l’accès de Sow à des équipements industriels, à des financements et à des structures de production à plus grande échelle. Mamadou Sow ne se contente pas de faire voler son hélicoptère : il rêve de transformer son atelier en une petite unité industrielle capable de produire plusieurs appareils et de répondre à des besoins concrets. Il envisage notamment l’utilisation de ces engins pour aider à désenclaver les zones reculées, appuyer les services d’urgence (santé, secours) et créer des emplois pour les jeunes de sa région. Son parcours interpelle aussi sur la place de l’innovation populaire au Sénégal : comment encourager les inventions “low‑tech”, comment relier les talents locaux aux écosystèmes technologiques et académiques, et comment éviter que des projets aussi prometteurs restent prisonniers de structures informelles. Mamadou Sow démontre que la passion, la persévérance et l’autodidaxie peuvent accomplir des prouesses là où l’on ne voit que contraintes. Son hélicoptère artisanal est bien plus qu’un objet spectaculaire : il est un appel à reconnaître, financer et intégrer les inventeurs du quotidien dans le développement technologique du Sénégal.