
Mamy Cruz, de son vrai nom Mame Marème Touré, s’impose progressivement comme l’une des voix singulières de la nouvelle scène musicale sénégalaise, portée par une identité acoustique forte, une écriture personnelle et une présence digitale maîtrisée.
Finaliste du Prix Découvertes RFI en 2020, nominée aux Raaya Music Awards, elle illustre le parcours d’une artiste qui, sans collectionner les trophées, gagne surtout son public par la constance et la sincérité de son travail.
Des débuts prometteurs à la reconnaissance
Issue de la banlieue dakaroise, Mamy Cruz se fait remarquer au milieu des années 2010 comme un « jeune talent qui peut faire mal », selon certains médias sénégalais.
À contre-courant des productions ultra-électrifiées, elle mise très tôt sur la guitare, les mélodies épurées et une voix suave qui emprunte autant au R&B qu’aux sonorités afro et aux rythmes wolofs.
Ses premiers titres, tels que “Boul Ma Fowé”, “Bamba”, “Tchi Biti” ou encore “Gamay Khol”, circulent sur les radios locales, les chaînes musicales et les réseaux sociaux, lui donnant une base de fans fidèle sans véritable machine industrielle derrière elle.
Cette dynamique la conduit à une reconnaissance institutionnelle : nomination aux Raaya Music Awards (catégories féminines) et surtout accession à la finale du Prix Découvertes RFI en 2020, aux côtés d’artistes comme Moonaya et JSideB.
Si les palmarès officiels ne mentionnent pas de trophée remporté à Raaya, ces sélections renforcent néanmoins son statut d’artiste à suivre.
Une carrière relancée après 2020
Après 2020, loin de marquer un essoufflement, la trajectoire de Mamy Cruz entre dans une nouvelle phase, portée par le streaming et les plateformes.
Elle publie plusieurs singles qui consolident sa discographie : “Only You” en 2023, disponible sur YouTube, Spotify et Apple Music, confirme son virage vers une afro-soul mélodique, accessible à un public international.
D’autres titres, comme “Ma Gui Dém” ou “Poulo”, enrichissent un catalogue encore majoritairement composé de singles plutôt que d’albums studio, stratégie typique des artistes de sa génération.
Parallèlement, sa présence en ligne explose : comptes actifs sur Facebook (Mamy Cruz L’Officiel), TikTok (@mamycruzsn) et YouTube, où elle alterne extraits de répétitions, lives acoustiques et annonces de sorties.
Avec plus d’un million d’abonnés cumulés, elle transforme ces espaces en véritable prolongement de sa scène.
« Fake Friend » : un comeback sous le signe de la maturité
En avril 2025, Mamy Cruz signe son retour médiatisé avec “Fake Friend”, un single accompagné d’un clip officiel qui marque un « come back » très commenté sur les réseaux.
Le morceau, aux influences afro-soul et R&B, aborde frontalement le thème des “faux amis”, ces proches qui profitent de l’artiste quand tout va bien, puis disparaissent ou trahissent dès que la situation se complique.
Les extraits diffusés sur TikTok et Facebook la montrent chantant la déception, mais aussi la résilience, en s’appuyant sur des images de foi et de lumière pour dépasser la toxicité des relations.
Sans que les paroles intégrales soient publiées sur des sites de lyrics, la ligne directrice est claire : “Fake Friend” est un morceau d’empowerment, qui invite à mieux choisir son entourage et à ne plus se laisser piéger par les apparences.
Ce positionnement résonne avec son propre parcours, fait de pauses, de retours et de persévérance dans un milieu concurrentiel.
De Dakar à Paris : la scène comme vitrine
Cette montée en puissance digitale s’accompagne d’une internationalisation progressive.
En décembre 2025, Mamy Cruz est annoncée à La Marbrerie, à Montreuil, en première partie de l’artiste XIIRSA, confirmant son ancrage dans les circuits de concerts parisiens dédiés aux musiques africaines contemporaines.
Des extraits de performances live, notamment en région parisienne, circulent sur YouTube et Facebook, témoignant d’un set où la guitare, l’interaction avec le public et l’émotion brute occupent une place centrale.
Cette visibilité scénique renforce sa crédibilité : loin d’être seulement une artiste “digitale”, Mamy Cruz s’affirme comme une performeuse capable de porter sa musique en live, hors de son pays d’origine.
Pour le public de la diaspora sénégalaise en Europe, ses concerts deviennent des espaces de reconnexion, où les thématiques de l’amour, de la foi, de la trahison et de la dignité se vivent collectivement.
Une artiste entre intimité et engagement
Si Mamy Cruz n’affiche pas un discours ouvertement politique, ses chansons explorent, sur un mode intimiste, les réalités sociales de sa génération : relations instables, pression de la réussite, poids du regard des autres et quête de soi dans un monde hyperconnecté.
“Fake Friend” en est une illustration emblématique, mais ses titres antérieurs évoquent déjà des thèmes de respect, de loyauté et de spiritualité, dans un langage mêlant wolof, français et anglais.
Ce mélange de vulnérabilité et de force, porté par une esthétique travaillée (clips soignés, identité visuelle cohérente sur les réseaux), fait de Mamy Cruz une figure représentative d’une nouvelle génération d’artistes sénégalaises qui naviguent entre les codes du show-business global et les ancrages culturels locaux.
Sans avoir encore sorti de grand album-manifeste, elle construit, single après single, une trajectoire patiente qui laisse entrevoir un potentiel de rayonnement encore plus large dans les années à venir.




