Riyad se rapproche de la Chine ?

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Bien que les pays riverains du golfe Persique aient rencontré le président américain Joe Biden à Jeddah à la mi-juillet, ils prépareraient la visite du président chinois. Est-ce le signe d’un changement de politiques de ces pays ?

Dix-huit mois après son entrée à la Maison-Blanche, le président américain Joe Biden est arrivé vendredi 14 juillet en Arabie saoudite pour sa première tournée au Moyen-Orient.

Les relations bilatérales entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite s’étaient refroidies depuis le début de la présidence de Biden. Mais la guerre en Ukraine et la crise énergétique ont contraint le président américain à se rendre dans ce pays riche en pétrole malgré toutes les critiques afin de fournir aux alliés européens une alternative au gaz russe, garantir l’approvisionnement en pétrole en quantité suffisante et réduire le prix du pétrole.

De cette visite se dégagent deux points de vue contradictoires : certains ont sous-estimé ce voyage et croyait que ses résultats seraient nuls. Compte tenu de l’importance stratégique du Moyen-Orient et de son rôle effectif dans l’équilibre des pouvoirs régionaux et internationaux, d’autres observateurs ont considéré cette visite de Biden comme importante et attendaient l’émergence de grands problèmes.

Certains médias parlent même d’un possible voyage du président chinois Xi Jinping en Arabie saoudite, mais jusqu’à présent, ni Pékin ni Riyad n’ont confirmé cette information.

Bien que les pays riverains du golfe Persique aient rencontré le président américain Joe Biden à Jeddah à la mi-juillet, ils prépareraient la visite du président chinois. Est-ce le signe d’un changement de politiques de ces pays ?

La visite du président américain à Djeddah dans le cadre du sommet CCG+3 (Conseil de Coopération du Golfe Persique + Égypte, Jordanie et Irak) à la mi-juillet s’est achevée sans résultats tangibles. Elle s’est tenue à la demande du gouvernement Biden, car les besoins de l’Occident en pétrole du golfe Persique ont augmenté en raison de la guerre en Ukraine et leur économie a subi des pertes. L’objectif de Biden était de demander aux pays riverains du golfe Persique de produire plus de pétrole, mais les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont déclaré ne pas être en mesure d’accepter la proposition américaine.

Le besoin renouvelé de l’Occident pour les pays riverains du golfe Persique est temporaire et basé sur le besoin du pétrole.

Alors que d’autres acteurs internationaux voient le déclin des relations américano-saoudiennes, la Chine et la Russie cherchent à saisir cette opportunité pour développer leurs relations avec l’Arabie saoudite. Mais la proximité de la Chine avec l’Arabie saoudite est également liée aux intérêts pétroliers, parce que les Chinois dépendent fortement du pétrole brut saoudien.

Comme étant mentionné, ni la Chine ni l’Arabie saoudite n’ont officiellement confirmé la visite du président chinois à Riyad. Pourtant, si cette visite a lieu, rien d’extraordinaire ne devrait se produire. Le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman et son entourage chercheraient à exploiter cette visite pour redorer le blason du royaume et afficher une nouvelle tendance déviant de l’Ouest vers l’Est.

Etant donné que le marché pétrolier du golfe Persique restera durablement marqué par la concurrence, l’Arabie saoudite et les autres pays riverains du golfe Persique joueront-ils un rôle plus important dans les conflits internationaux ou les menaces qui planent au-dessus d’eux s’intensifieront ?

En réponse à cette question, il faut noter que la forte concurrence des puissances mondiales pour développer leurs relations avec les pays riches en pétrole comme l’Arabie saoudite n’est pas inhabituelle. Dans le passé, les pays producteurs de pétrole ont élevé ou réduit le niveau de leurs relations en fonction de la demande de pétrole mondiale. Par conséquent, l’Arabie saoudite ne réalisera pas des acquis stratégiques à long terme, car l’Occident la voit comme des stations-service !

Les Chinois ne font pas assez confiance à l’Arabie saoudite pour établir un partenariat stable. Ils savent que ce qui a rapproché Ben Salman de leur pays, c’est sa relation tendue avec Washington.

Comme étant mentionné, la politique des pays producteur de pétrole est d’élever ou baisser le niveau de leurs relations par rapport à la demande pétrolière mondiale. L’Arabie saoudite a pris ses distances avec la politique américaine concernant l’augmentation de la production de pétrole. Or l’Arabie saoudite a-t-elle encore un rôle dans les coalitions internationales ?

Lors de la crise en Ukraine, certains ont interprété l’opposition des Saoudiens à la demande de Biden comme un affront aux Etats-Unis. Mais cette analyse est erronée et ce qui s’est passé depuis le printemps dernier, c’est que MBS fait bon usage de l’opportunité qui s’est présentée à lui.

Biden avait deux choix pour traiter avec Ben Salman : le premier choix était de renverser Ben Salman, plongeant l’Arabie saoudite dans le chaos. Parce que Ben Salman n’est pas du genre à se rendre et qu’un coup d’État orchestré par Washington affecterait les intérêts de ce dernier dans la région.

Le deuxième choix de Biden était de s’armer de patience face à MBS et c’est ce qu’il a choisi ! Le président américain est revenu sur ses promesses de le punir dans le cadre de l’affaire d’assassinat de Jamal Khashoggi et la violation des droits de l’homme.

Rappelons le prince héritier saoudien a été ostracisé par les pays occidentaux, après le meurtre en 2018 du journaliste saoudien critique Jamal Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul.

Or le régime sioniste a soutenu Ben Salman et utilisé le lobby sioniste à Washington pour faire pression sur Biden afin de préparer la normalisation des relations entre Riyad et Tel-Aviv.

Concernant la possible visite de Xi Jinping en Arabie saoudite, la Chine pourra-t-elle entre dans la sphère d’influence américaine dans les pays riverains du golfe Persique ?

Les Etats arabes du golfe Persique peuvent-ils renoncer au soutien américain et à la dépendance culturelle et militaire à l’Occident ?

Le retrait chaotique des forces américaines d’Afghanistan et les images montrant des Afghans pro-américains suspendus aux roues de l’avion ont effrayé les pays arabes du golfe Persique.

Il est donc logique qu’un pays comme la Chine cherche à combler le vide laissé par les Etats-Unis dans les pays pro-américains.

Même si l’Arabie saoudite veut privilégier la Chine dans sa diplomatie, il faut savoir que les Chinois n’ont pas les mêmes comportements que les Américains.

La Chine continue de chercher à développer son influence économique et, contrairement aux États-Unis, elle semble prudente dans l’implantation de bases militaires dans le monde. Par conséquent, elle ne peut pas fournir à l’Arabie saoudite ce que les États-Unis lui fournissaient auparavant.

Les Etats-Unis sont une source d’approvisionnement en armes. Même si l’Arabie saoudite décide de se tourner vers la Chine, des problèmes logistiques et techniques empêcheront Riyad de moderniser son arsenal militaire.

L’armée de l’air saoudienne dépend fortement de la technologie américaine, et ce que Pékin pourrait lui fournir, ne suffira pas à alimenter ses systèmes de défense.

En dépit de la volonté claire de Pékin et de Moscou d’intervenir sur le terrain américain dans le golfe Persique et de développer leurs relations avec les pays riverains, une réussite est peu probable parce que les Etats-Unis ont beaucoup d’influence sur les émirats qu’elles ont eux-mêmes érigés dans la région au cours des dernières décennies.

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