La sonde Dart va se crasher ce soir contre son astéroïde cible

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Être prêt à intervenir le jour où un gros astéroïde menacera de s’écraser sur la Terre : c’est l’objectif que poursuivent les agences spatiales américaine et européenne avec les missions spatiales DART et Hera. Ce soir, aux environs de 1 h 15 (heure de Paris), la première entrera dans sa phase cruciale : lancée en novembre dernier, la sonde DART ? fléchette, en anglais ?, va venir s’écraser sur la lune de l’astéroïde double Didymos, baptisée Dimorphos, à une vitesse de 6,6 km par seconde, soit plus de 20 000 km/h. Que va-t-il se passer ? C’est justement ce que les scientifiques veulent savoir !

« Nous avons fait des modélisations, mais la vérité, c’est que personne n’en sait rien », jubile l’astrophysicien français Patrick Michel, l’un des pères fondateurs de ce test de déviation grandeur nature où l’impacteur (DART) a plus ou moins la taille d’une voiture et l’astéroïde cible environ 160 mètres de diamètre. Un chercheur de l’Observatoire de Nice qui ne se risquerait sûrement pas à jurer que Dimorphos ne va pas finir entièrement pulvérisée par le choc. Même si ce n’est pas l’objectif. L’idée initiale étant plutôt de réduire l’orbite de Dimorphos autour de Didymos ? qui en fait le tour en 11 heures et 55 minutes ? d’environ dix minutes. L’effet dépendra en grande partie de la porosité de ce petit corps.

Jeu de billard cosmique

Risque-t-on alors le ricochet incontrôlé, le coup de billard à trois bandes susceptibles de dégénérer de manière catastrophique pour l’humanité ? Non, bien sûr, les scientifiques du projet n’ont pas perdu la tête ! D’abord, parce que l’impact aura lieu à onze millions de kilomètres de la Terre. Ensuite, parce qu’il ne va pas modifier la trajectoire de l’astéroïde autour du Soleil. Pour un premier coup d’essai dont on n’a pas idée du résultat, le risque aurait été bien trop important. L’objectif de DART est donc de dévier l’orbite de la lune autour du plus gros astéroïde. Ce qui sera en outre plus rapide et beaucoup plus facile à observer depuis la Terre.

C’est donc un moment historique qui se prépare et il sera à la portée de tous ou presque. En effet, les images que va réaliser la sonde DART jusqu’au crash, au rythme d’une par seconde, seront aussitôt diffusées au public. Des images des éjectas seront également prises par un petit satellite italien de la taille d’une boîte à chaussures LICIACube. Mais celles-ci mettront plusieurs semaines, voire plusieurs mois à nous parvenir. L’événement sera également suivi par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb qui devraient pouvoir détecter un nuage de poussière brillant. Quant à la déviation de l’orbite de Dimorphos, elle sera mesurée par des télescopes au sol en observant la variation d’éclat provoquée par le passage du petit astéroïde devant le gros. Un résultat qui devrait être disponible dans les jours, voire les semaines qui viennent.

Enfin, la sonde européenne Hera, qui doit décoller en 2024, se rendra sur la scène de crime pour observer en 2026 les potentiels stigmates de la catastrophe à la surface de Dimorphos. Objectif : relever un maximum d’indices utiles pour apprendre à dévier efficacement les astéroïdes qui seraient un jour amenés à croiser la route de la Terre. De quoi éviter un scénario catastrophe comme celui du film Don’t Look Up : déni cosmique sorti l’an dernier !

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