Brésil: La Cour suprême déclare «partial» le juge Moro, à l’origine de la condamnation de Lula

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Au Brésil, l’ancien juge Sergio Moro, devenu au fil des années une véritable star et qui avait condamné pour la première fois Luiz Inácio Lula da Silva à la prison pour corruption, a été jugé « partial » par la Cour suprême du pays mardi 23 mars. C’est une victoire pour l’ancien président, dont la justice avait déjà annulé les condamnations il y a 15 jours pour vice de forme.

Le Brésil vient d’assister à un singulier retournement de situation. En cinq ans, Sergio Moro est passé du statut de « héros anti-corruption », à celui de « juge partial », qui prend fait et cause pour l’accusation.

On reproche à Sérgio Moro de s’être acharné contre Lula, qui était accusé d’avoir reçu des avantages en nature dans le cadre d’affaires de corruption à l’entreprise publique pétrolière Petrobras. On reproche à Sérgio Moro même d’avoir établi la stratégie d’accusation directement avec les procureurs.

Un magistrat l’accuse notamment d’avoir établi « une justice d’exception », rapporte notre correspondant à São Paulo, Martin Bernard.

Mais les débats sont âpres à la Cour suprême. Alors que la majorité a parfois penché en faveur du juge devenu l’ancien ministre de la Justice de Jair Bolsonaro, coup de théâtre à ce moment-là : une magistrate, qui avait initialement voté en faveur de Sergio Moro, a changé d’avis et a finalement décidé que le juge était bien « partial ».

Pour Lula, déclaré éligible à nouveau il y a 15 jours, il s’agit d’une importante mise au point. Pour Sergio Moro, c’est une descente aux enfers.

Partialité mise en doute avec son poste à la Justice… puis révélée par les médias

La décision de mardi 23 mars, prise par trois voix à deux par la deuxième chambre de la plus haute juridiction du Brésil, est aussi une défaite cuisante pour « Lavage express », plus grande enquête anticorruption de l’Histoire du pays, dont le juge Moro était la figure de proue.

Son impartialité avait été déjà mise en doute quand il avait accepté fin 2018 de devenir le ministre de la Justice du président d’extrême-droite Jair Bolsonaro. Il avait démissionné avec fracas en avril dernier de son poste, en dénonçant des ingérences du président.

L’enquête « Lavage express » avait ensuite été encore discréditée par la révélation d’échanges de messages par le site The Intercept Brasil, montrant la collusion entre les procureurs et le juge Moro.

« Victoire politique pour Lula »

Après avoir été condamné en appel, Lula avait purgé 18 mois de réclusion d’avril 2018 à novembre 2019, avant d’être libéré sur une autre décision de la Cour suprême. Avant d’être incarcéré, il faisait figure de favori à la présidentielle finalement remportée par Jair Bolsonaro.

Dans son recours, jugé recevable par la Cour suprême mardi, la défense de Lula a estimé que le juge Moro avait été à charge contre l’ex-président (2003-2010) tout au long de l’instruction de l’affaire, en raison de « motivations politiques », pour l’empêcher de briguer en troisième mandat. Lula n’a cessé de dénoncer un complot politique contre lui.

Même s’il assure ne « pas avoir la tête à la candidature de 2022 », « la décision d’aujourd’hui est une nouvelle victoire politique pour Lula », a estimé le cabinet de consultants Prospectiva peu après le jugement de mardi.

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