Une simple publication via Facebook sur l’évolution de la musique et du théâtre sénégalais a déclenché un débat passionné qui révèle les tensions entre nostalgie du passé et reconnaissance des talents contemporains.
La polémique qui divise
Tout a commencé par une déclaration tranchante sur facebook: “La musique sénégalaise, comme le théâtre, a perdu toute son originalité. Les musiciens, les comédiens d’hier sont meilleurs.” Une affirmation qui n’a pas manqué de faire réagir la toile sénégalaise.
La réponse ne s’est pas fait attendre. Un internaute s’est fendu d’une longue réplique argumentée, remettant en question cette vision nostalgique de la culture sénégalaise.
“Il y avait des moins bons hier aussi”
L’internaute reconnaît la grandeur des “cinq grands” de la musique sénégalaise – Youssou Ndour, Omar Pène, Baaba Maal, Ismaela Lô et Thione Seck – mais refuse l’idéalisation du passé : “Il y en avait de moins bons (Ndiogou intéressé). Ne me dites surtout pas qu’il faisait exception. Sinon je vous citerai Ousmane Seck, Bathié Dia, Ameth Maal etc.”
Pour lui, la génération actuelle n’a rien à envier aux anciens. Il cite Wally Seck, dont on peut critiquer “la thématique ou l’habillement” mais dont le talent est indéniable, Amadeus qu’il juge “meilleur que plusieurs parmi les anciens”, ou encore Ngaka Blindé, “plus inspiré que beaucoup de rappeurs de la vieille époque”.
Le théâtre et le cinéma en ligne de mire
Le débat s’étend au théâtre avec l’évocation de Sanekh, présenté comme incomparable aux “prétendus comédiens des années 90”. L’internaute défend également les productions audiovisuelles contemporaines : “Les téléfilms d’aujourd’hui sont mieux scénarisés que les anciennes trames stéréotypées dont on imaginait la fin dès l’entame.”
Sadio Mané, symbole d’une génération d’exception
L’argumentaire s’enrichit d’une référence sportive avec Sadio Mané : “Si on met la nostalgie à côté, quel joueur depuis l’indépendance a fait une meilleure carrière que Sadio Mané ? Quelle génération d’équipe nationale a fait mieux que la génération de Mané ?”
La lutte n’est pas oubliée avec la mention de Yékini, Balla et Modou, présentés comme supérieurs aux “papys lutteurs mal entraînés, volumineux et ventrus” d’autrefois.
“Le problème au Sénégal, c’est qu’on est très passéiste”
L’internaute identifie ce qu’il considère comme un mal sénégalais : “On pense toujours qu’on faisait mieux telle ou telle chose dans tous les domaines dans le passé : enseignement, journalisme, danse, musique etc. Ce qui n’est pas toujours vrai.”
Il conclut avec une pointe d’ironie en rappelant que l’insolence des jeunes n’est pas nouvelle : “Ne me parlez surtout pas de l’insolence des jeunes… ‘rimbax pakh pakh’ et ‘sa li sa lé’ c’était hier”
Un débat révélateur
Cette polémique illustre une tension récurrente dans les sociétés en mutation : entre la valorisation d’un supposé âge d’or et la reconnaissance des innovations contemporaines. Elle questionne notre rapport au temps, à la tradition et à la modernité dans le contexte culturel sénégalais.
Le débat reste ouvert : la culture sénégalaise s’enrichit-elle ou s’appauvrit-elle ? La nostalgie est-elle un frein à l’appréciation des talents actuels ? Une chose est sûre : cette discussion passionnée témoigne de la vitalité du débat culturel au Sénégal.